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Syndicat National de l’Administration Scolaire Universitaire et des Bibliothèques - Fédération Syndicale Unitaire


Accueil du site > Le SNASUB | CROUS | 20 décembre 2009

Avenir des CROUS : les menaces se précisent

Les missions des CROUS (gestion des Bourses, de l’hébergement et de la restauration des étudiants selon des critères sociaux définis par la loi) sont depuis un an l’objet d’une attention toute particulière du Gouvernement.

Dans les trente dernières années, l’Etat n’a pas donné aux CROUS les moyens de construire un parc de logement social étudiant à la hauteur des besoins, encore moins de le rénover.

Le programme Anciaux de construction (5000 logements par an) et réhabilitation (7000 logements par an) n’a pas comblé le retard. Le Gouvernement a donc annoncé le 5 septembre un projet de reconversion de bâtiments militaires en logements étudiants (6000 d’ici à 2012) mais selon des modalités inquiétantes (utilisation des crédits Anciaux, possibilité de la propriété foncière offerte aux collectivités locales, recours au Partenariat Public Privé, les CROUS apporteront « leur expertise » aux projets mais « pourront aussi être sollicités pour assurer la gestion et l’attribution des chambres » - une possibilité donc mais plus un droit ! Avec ce projet, c’est l’expérimentation d’une idée chère à Valérie Pécresse de rechercher le transfert du logement social étudiant aux collectivités locales ou au privé. Le plan « Campus », décidé en décembre en pleine crise financière, va concentrer un effort financier supplémentaire en matière d’investissement sur 11 villes dont les établissements universitaires doivent atteindre une taille européenne, « concurrence oblige ». Il ne modifiera pas fondamentalement la donne en matière d’hébergement étudiant et aggravera les disparités entre villes universitaires selon qu’elles bénéficieront ou non de la « manne de l’Etat ».

Redéploiement des personnels

Le rapport Lambert rendu public le 8 septembre 2008 préconise pour sa part la transformation des CROUS en « Agences pour la Vie Etudiante » qui bénéficieraient d’ « une autonomie renforcée » et de « la maîtrise élargie du budget global et de la masse salariale », d’un « élargissement des compétences des directeurs d’agences dans le domaine de la gestion des personnels de l’Etat et du recrutement de personnels contractuels », une « présence renforcée des Universités dans les conseils des AVE », le « maintien a minima de la représentation étudiante ». Un audit est demandé pour « redéployer les personnels administratifs ». Ce rapport préconise aussi un renforcement des missions historiques des CROUS : les AVE devraient gérer entièrement les aides sociales aux étudiants, les aides au logement, bénéficier d’une augmentation de la subvention de l’Etat pour le financement de la restauration universitaire, recevoir la gestion des maisons de santé et la responsabilité d’un service social unique avec transfert des postes des assistants sociaux. Ce rapport écarte donc la perspective d’un éclatement des oeuvres universitaires mais au prix d’une transformation de la structure qui serait contrainte de réduire ses dépenses de personnels administratifs et qui pourrait faire la part belle, en son propre sein, à ceux qui revendiquent la dévolution de certaines missions des CROUS.

Rôle accru de la CPU...

Car depuis le vote de la LRU, la CPU revendique ouvertement pour les Universités « une place prépondérante » en matière de vie étudiante, de conditions d’accueil, de logement et de restauration » (communiqué de presse du 18 septembre) et estime qu’il est « primordial, dans une perspective de compétition internationale accrue et de politique d’attractivité des universités, de conserver une approche fine de la politique de vie étudiante, site par site, distincte d’une logique académique ». Et pour cela, réclame la présidence du CA des AVE, la gestion des bourses de mobilité et au mérite.

...et désengagement de l’Etat

La Direction du CNOUS, dans ce moment crucial, s’est gardée d’intervenir dans le débat public comme si le CNOUS renonçait à être l’acteur essentiel d’un débat essentiel. Depuis, la stagnation de la subvention d’Etat met le réseau dans une situation de plus en plus difficile. Fin juillet 2009, elle fait connaître son « projet 2010 – 2013 pour le réseau des oeuvres universitaires ». Il n’est qu’une adaptation au désengagement financier de l’Etat ; ce n’est donc pas surprenant d’y trouver toute une série de propositions qui visent tout à la fois à trouver des recettes nouvelles par la diversification de l’offre, le renforcement des liens avec les établissements d’enseignement supérieur ; à faire des économies par les « mutualisations » et la « contractualisation », la maîtrise de la masse salariale par une gestion prévisionnelle des emplois, la « profilage » de certains postes, la « valorisation des responsabilités et compétences des Personnels Administratifs »…

Le projet du CNOUS pour les trois prochaines années n’est donc pas de nature à sortir le réseau de ses difficultés. Le Gouvernement s’en satisfait et se donne le temps d’étudier quelle forme de RGPP il va appliquer au réseau des oeuvres universitaires. Si devait prévaloir sa volonté d’éclatement et de transfert des missions des CROUS jusqu’ici assumées par l’Etat à des « partenaires » publics et / ou privés, c’en serait fini des oeuvres sociales universitaires. Avec les personnels des CROUS, les étudiants usagers, le SNASUB ne laissera pas faire !

Jean-Claude Magrinelli